Je vis dans ma camionnette à Montréal – Où stationner?

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J’ai gardé cette chronique pour la fin.  Pour évaluer la qualité d’un spot de parking-camping, il faut bien maitriser l’importance des paramètres dont j’ai discuté dans mes autres chroniques.  Il faut évaluer la facilité d’accès de plusieurs choses : des solutions pour l’alimentation et l’eau, des toilettes, des facilités pour se laver, de bons endroits pour travailler, des divertissement et des endroits où on se sent bien.

Mais, bien sûr, je n’écrirai pas où je stationne.

La première qualité d’un spot de camping urbain, au delà de tous ces paramètres, c’est sa discrétion.  Après 2 mois de vansterisme, j’ai trouvé ce que je considère comme mes meilleurs spots de camping urbain à Montréal.  Je n’irai certainement pas les décrire sur Internet.

Quand même, pour faciliter la vie du Vanster débutant, je décrirai quelques généralités et excellents spots.  Ils vous éviteront les endroits minables et désagréables où j’ai échoué lors de mes premières nuits dans ma camionnette.

 

L’illusion du « downtown »

Lorsque j’ai commencé à penser à emménager dans ma camionnette, je pensais ainsi : « je vais pouvoir vivre en plein centre-ville!  Ça va être pratique!  Ça va être cool! ».

Grave erreur.  Dormez au centre-ville ou sur le Plateau Mont-Royal dans une camionnette, et vous vous rendrez compte d’à quel point ces endroits peuvent être désagréables.

Ils sont bruyants.  Les gens y passent mais n’y vivent pas.  Alors ils s’en tapent, salissent, dérangent et se comportent comme des voyous.

J’aime mieux les punks d’Hochelag, les familles modestes de Pointe-Saint-Charles et… je déteste le dire… les Hipsters du Mile-End.

 

Les trottoirs

Je n’ai rien contre les trottoirs.  C’est les gens qui y marchent qui m’énervent.  Je ne sais pas pourquoi, mais je sens qu’ils entrent dans ma bulle lorsqu’ils passent à 50 centimètres de ma couchette.

Ce n’est pas ma van! C’est un autre Vanster! Remarquez les rideaux… Lui aussi, il utilise la stratégie des tranquilles parapets de viaducs sans trottoirs.

Je cherche donc des places de stationnement sans trottoirs ou des endroits où personne ne passe.  Les quartiers industriels sont fantastiques.  Les viaducs urbains ont souvent une rangée de places de stationnement directement contre le parapet et sans trottoir.  Vous comprendrez la valeur de ces spots après une seule nuit…

 

 

L’ombre

Une camionnette devient très vite un four, si elle est au soleil.  Étudier le déplacement du soleil et trouver le spot qui sera à l’ombre en matinée vous évitera des réveils inconfortables et poisseux.

Stationnez sous un arbre!

 

 

 

Le nomadisme

Je conseille de ne pas s’établir définitivement à un spot.  Mieux vaut ne pas laisser le temps à des gens ennuyés de se demander ce qui se passe dans cette camionnette.  Un soir où la télé-réalité est plate, Germaine pourrait décider d’appeler la police, pour mettre un peu de piquant et se sentir importante.

Vous éviterez le déchargement de votre batterie en vous déplaçant d’un spot à l’autre sporadiquement.

Et, ça casse la routine, cette grande ennemie du Vanster au moral fragile

 

Maintenant, quelques exemples pratiques qui me furent très utiles avant que je trouve les spots où je campe maintenant.

 

Spot 1 : terrain vague, cul-de-sac et abreuvoir


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Qu’y a t’il là où l’arc-en-ciel touche le sol?

Si l’univers a 5 milliards d’année, que se passe-t-il à 6 milliards d’années lumière de son centre?

Que trouve-t’on à l’extrémité Est de la rue Ontario?

Malheureusement, je ne pourrai répondre qu’à une seule de ces 3 questions : un excellent spot de camping urbain.

À l’Est des putes, à l’Est du Marché Maisonneuve, à l’Est de la station service crade où le gaz est toujours une cenne moins cher, il y a un terrain vague.  Un grand terrain vague.

À l’orée de ce terrain vague, la rue Ontario finit dans un drôle de rondpoint où il est permis de stationner.  Bien sûr, il y a les 2 heures d’interdiction hebdomadaire.  Mais en avançant et en reculant votre van d’un côté et de l’autre d’un poteau, vous pourriez camper là éternellement.

J’aime bien installer ma petite cuisine dans le terrain vague et manger en regardant l’horizon droit devant moi, sans me briser le cou.  En ville, c’est un luxe rare.  Les habitants du coin profitent paisiblement de cet espace et la ville ne l’entretient pas.  Alors, je m’efforce toujours de le respecter et de le laisser plus propre que lorsque je l’ai trouvé.  Comme un scout.

Le terrain de baseball, juste à côté, a un abreuvoir.  Très, très, très pratique.

Les cafés, restos et tavernes d’Hochelag’ sont à quelques minutes de vélo et à environ 20 minutes de marche.

Le bain Morgan ou la piscine derrière le marché Maisonneuve sont aussi très accommodantes pour les douches et la natation.

Désavantages : il n’y a pas d’arbres et pas d’ombre.  Il n’y a pas vraiment de toilettes 24 heures à proximité.  L’odeur de biscuits finit par tomber sur le coeur.  Vous comprendrez si vous dormez là.

 

 Spot 2 : parc désert, canal Lachine, épicerie avec microonde


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Au coin de la rue De la Montagne et de la rue Wellington, dans Griffintown, il y a un petit parc qui fut jadis le site d’une église irlandaise et le cœur battant d’une petite communauté aujourd’hui disparue.

Le parc est donc toujours presque désert.  J’aime stationner à côté.

Le canal Lachine est tout prêt.  Pratique pour les transports à vélo et agréable pour les promenades.

À quelques coins de rues, au coin de De la Montage et Notre-Dame, il y a une épicerie Métro où un four microonde est disponible pour les clients.  J’y rends un triste hommage à la feu communauté irlandaise que je squat en m’y réchauffant de bons Puritan.

Encore un peu plus au Nord, les foires alimentaires de gratte-ciels vous fourniront des endroits corrects pour travailler et toutes les connexions wifi dont vous aurez besoin.

La piscine de la rue Notre-Dame est aussi à quelques minutes de marche.

Au moment d’écrire cette chronique (2013), les futurs condos abandonnés de Griffintown sont en construction.  Les Port-O-Lets des travailleurs fournissent des toilettes 24 heures.  Amenez votre papier.

Les grands arbres fournissent de l’ombre.

Arrivez après 17h ou avant 8h.  Sinon, les travailleurs du centre-ville rempliront tous les espaces où les règles de stationnement ne sont pas complètement prohibitives.

Désavantage : le quartier se transforme présentement en une éjaculation AutoCad digne des wet-dreams du Corbusier. Malheureusement, l’avenir n’est pas aussi beau que les modélisations 3D “poudre-aux-yeux” qui semblent être la base de notre urbanisme.

D’ici au trépas des baby-boomers qui peupleront la place pendant quelques années, l’endroit deviendra probablement assez ennuyant.  Pour divertir tout ce beau monde, je parie sur l’installation prochaine d’un IKEA.  J’irai parker ailleurs.

Dans 3o ans, les plus patients pourront squatter les tours!

  Spot 3 : terrain vague, royaume du Hipster, divertissements


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Le champ des possibles, dans le Mile-End, a fait couler beaucoup d’encre.  Notre belle ville caressait le plan minable de construire un quelconque parking de cols bleus sur cet espace urbain de grande valeur.  Je pense que, dans le recul de la Ville, la paresse et l’incompétence des fonctionnaires en charge du « projet » a pesé plus lourd que le chiaulage de la poignée de bobos qui affectionne le lieu.  Peu importe, c’est le résultat qui compte : le terrain vague restera un terrain vague et un lieu de passage agréable.  C’est toujours mieux qu’un parking de pick-ups rouges…

Des artistes de l’Université Concordia pourront continuer d’y empiler des cochonneries pour se prendre pour des artistes contemporains.  De révolutionnaires jardiniers urbains pourront continuer d’y défricher leur souveraineté alimentaire, au niveau de la coriandre et la luzerne.  Et, je pourrai continuer d’y lire des livres à côté de ma van.

Quelques cafés avec de bonnes connexions wifi sont à proximité presqu’immédiate.

Le parc est un bon endroit pour déplier une petite cuisine portable.

Pas très loin, mais quand même de l’autre côté du viaduc qui défigure le quartier, il y a un Tim Horton 24 heures.  Sur Rosemont, vers l’Est.  À pied, c’est un peu loin, si ça urge.  En vélo, ça se toffe.

Le Mile-End vous fournira plein de divertissements et d’endroits chouettes, si vous pouvez supporter les Hipsters.

Il y a moyen de stationner à l’ombre.  Allez complètement au bout du cul-de-sac de Henri-Julien.  Déjouer les interdictions hebdomadaires de stationnement ne sera ici aussi qu’une affaire de quelques mètres.  Et, ici aussi, entre 8h et 17h, vous ne trouverez pas de stationnement.  Arrivez le soir.

Désavantage : il n’y a pas vraiment de piscine municipale ou d’endroits pour se laver, à proximité.

 

Conclusion

Le meilleur spot de parking, au delà de vous offrir un bon accès à pleins de petites choses pratiques, restera celui que vous trouverez vous-même.  Il s’adaptera à votre personnalité de Vanster, à vos obligations au niveau des déplacements et peut-être même à la proximité de voisins que vous aimez bien.

Bref, puisque j’ai la surprise de voir que cette série est de plus en plus lue, j’ai un peu peur que les spots que je décris se remplissent de Westfalias et de Chevy Vans.

Ça pourrait quand même être amusant!  Imaginez : des espèces de terrains de camping urbains où les Vansters se feraient des bouffes communes, se raconteraient leurs histoires et gratteraient des guitares.  Jusqu’à ce qu’un bureaucrate tanné de se tourner les pouces ou une police qui a peur de s’attaquer aux vrais crimes se mette de la partie…