Je vis dans ma camionette à Montréal – Pourquoi?

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Je vis dans ma camionnette, dans les rues de Montréal.  Voici pourquoi.

Je suis un artiste multidisciplinaire.  J’ai une vie trépidante que j’adore: je voyage d’un contrat à l’autre; une performance ici, un projet de film là.  Montréal, Toronto, Paris, Londres, Berlin…  Vraiment je n’ai pas à me plaindre.  Je trippe!

Cette vie est tellement amusante et stimulante que beaucoup de gens veulent la vivre.  Si vous connaissez l’implacable règle de l’offre et de la demande, vous comprendrez donc que, malgré ce que je considère comme une carrière suffisamment réussie, je suis peu rémunéré.

Mes parents banlieusards pleurent et crient que je suis un raté et qu’à 12,000.00$ par année, ma vie est un échec.  Je baisse alors le son de leur télé au plasma, et je leur réponds qu’au lieu de recevoir beaucoup d’argent pour m’acheter du bonheur, moi, je suis rémunéré directement en bonheur.  Et le bonheur n’est pas imposable!

Cette indépendance et cette liberté ont un cout : il faut apprendre à vivre avec 12,000.00$ par année.  Et quand je dis « vivre », je ne pense pas qu’à survivre.  Je veux voir des bons shows de musique, de cirque, de danse.  Je veux boire de la bonne bière, aller au cinéma, voyager un peu, m’acheter des livres, sortir mon amoureuse, etc…

Donc, durant 2 mois printaniers que je passe à Montréal entre un voyage au Mexique et une résidence de création à Berlin, je vis dans ma van.  Dans le Mile-End, on dirait que je suis un “vanster”.  Ailleurs, je suis un original de plus qui sauve les quelques 350$ par mois qu’une chambre dans un appart infesté de colocs désagréables m’aurait coutés.  Et surtout, j’évite la longue et pénible recherche de logement que je n’ai pas le temps de faire.  J’ai trop de travail.

Dans ma van, lors d’une expérience précédente de vansterisme, il y a 1 an ou 2.

Malgré ces calculs, mes réelles motivations dans ce choix ne sont pas économiques.  Je suis plutôt content d’adopter un mode de vie nomade qui me rapproche d’un de mes grands objectifs de vie : consommer le moins possible.  Je ne crois plus au système.  L’horrible irresponsabilité des baby-boomers (taxes trop basses, salaires trop hauts, buffet chinois de jobs de inutiles et bien rémunérées, désinvestissement en éducation, en innovation et en compétitivité commerciale, etc) laisse un fardeau si immense à ma génération que j’ai personnellement décidé de lancer la serviette.  Je travaille fort aux projets qui me tiennent à cœur, même s’ils me rémunèrent peu et participent peu à l’économie.  J’essaie de trouver mon bonheur ailleurs que dans une vie de bon consommateur-payeur-de-taxes.  Je pense que tout notre système s’est bâti en planifiant inconsciemment et démocratiquement de s’effondrer dès que les baby-boomers auront fini de siphonner ce qui reste de notre société.  Moi, mes œufs seront dans un autre panier…

Je vis donc dans ma camionnette.  Pas une Winibago, pas un « camper », pas une osti de Westfalia de hippie.  Une camionnette : une Dodge Caravan 2000 V6 dont les 2 sièges arrières sont entreposés dans le manoir de mes parents afin de me libérer un espace où dormir, travailler, lire, écrire ce blog, entreposer ma bicyclette, mes guenilles, une petite cuisine, de la bouffe et l’équipement nécessaire à mon travail.

Je vis dans ma camionnette!  Je le dis haut et fort comme les pionniers des droits civiques qui ont un jour dit « Je suis noir! » ou « Je suis homosexuel! ».  Il y a de lourds stigmas contre les « hobos », les sans-abris, les bums, les bohèmes, les pauvres.  Parce que je vis dans ma camionnette, ces stigmas pèsent maintenant sur moi.  Les gens pensent que je suis sale, que je ne travaille pas et que je chie sur le trottoir.  Non.  Je suis un jeune homme respectable et modeste qui vit dans sa camionnette.  Point final.

Ce blog vous expliquera comment, avec un peu de créativité et un sens civique original, je réussis à le faire proprement, sans déranger, et en continuant de mener une vie productive… pour moi!  Je suis un vanster.

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