Foliewood – Maisons de fous : le début du projet

Quelques jours avant de commencer à tourner « Foliewood », doctor je ne savais absolument pas comment j’allais m’y prendre. Dans le cadre d’une campagne de démystification de la maladie mentale, diagnosis le projet était de filmer la vie des résidences externes d’un hôpital psychiatrique.  Je n’avais aucune idée de comment j’allais approcher le sujet de mon nouveau projet documentaire.  J’étais extrêmement nerveux.

La maladie mentale ne me fait pas du tout peur.  Vous allez comprendre, mon problème n’est pas là.

En fait, un an plus tôt, j’avais eu assez de succès avec un projet semblable.  Encore dans le but de faire connaître la maladie mentale et la psychiatrie, l’hôpital Louis-H. Lafontaine m’avait engagé pour créer des vidéos pour son site web.  J’avais décidé de proposer un documentaire qui suivrait tout le traitement de 2 patients.  Malgré l’énormité des préjugés qui existent contre les gens atteints de maladies mentale, je faisais le pari qu’il suffirait de les montrer de façon honnête et simple pour faire changer le public d’avis sur les fous.  Ou ceux qu’on croit fous…

« Clé 56 » (selon le nom donné au passe-partout de l’hôpital) a merveilleusement bien fonctionné.  Je me suis simplement pointé dans les unités de soins de « Louis-H. ».  J’expliquais que je voulais filmer la vie de l’hôpital et, instantanément, des usagers m’ont approché.  Ils aimaient l’idée de montrer le vrai visage de la psychiatrie.  Aussi, certains sentaient que la caméra allait leur permettre d’exprimer le mal-être et les frustrations qu’ils ressentaient à ce moment difficile de leur vie.  J’ai essayé de remplir ce rôle du mieux que je pouvais, tout en réalisant mon projet.

L’hôpital, qu’il soit psychiatrique ou général, est inévitablement un lieu froid, étrange et peu intime.  La présence de la caméra, après un certain temps, n’était qu’une étrangeté de plus.  Assez facilement, je réussissais à tisser des liens avec les patients, à faire partie des meubles et à filmer la petite vie des unités de soins.

Épisode 1 de ma série web Clé 56.

C’est à travers ce projet que j’ai brièvement découvert les ressources externes de l’hôpital.  Sans avoir le temps de vraiment explorer le sujet, j’avais pu rencontrer quelques résidents et employés de ces maisons anonymes où vivent des personnes qui vont assez bien pour sortir de l’hôpital psychiatrique mais qui ne sont pas encore prêts à affronter seuls le grand monde.  Les résidents combattent la schizophrénie, la bipolarité, des déficiences intellectuelles, des troubles du développement, des tics, des dépendances à la drogue ou l’alcool…  À travers les hallucinations, les rechutes et les chicanes de colocs, ils s’intègrent aussi bien qu’ils le peuvent aux quartiers montréalais où sont cachés les théâtre de leur réadaptation.

Épisode 6 de ma série web Clé 56, où on aperçoit les résidences.

Quand les gens des communications de « Louis-H. » ont repris contact avec moi pour parler d’une éventuelle suite à « Clé 56 », j’ai tout de suite proposé un documentaire sur ces ressources externes.  Même si je déteste les « sequels » (à part Star Wars), je voulais vraiment me relancer.

C’était très naïf de ma part.  Je m’en suis rendu compte le jour où j’ai placé dans mon agenda une première visite dans une des maisons.  Ces maisons, justement, ne sont pas un hôpital.  Ce sont des maisons.  Des endroits intimes, le « chez-moi » des gens qui y vivent et y paient leur loyer.  Une caméra ne rentre pas là comme dans un hôpital qui appartient à tout le monde.  Et, les gens qui vivent dans ces maisons sont relativement stables.  Ils ont, si telle chose se peut, fait la paix avec leur maladie mentale.  Ils n’ont plus le désir pressant d’exprimer quelque chose à une caméra.  Ils sont relativement bien où ils sont et une caméra n’a rien à faire là…

J’étais extrêmement nerveux.  Je ne réussirais pas à rentrer là-dedans avec ma caméra.  Ce projet allait être mon premier flop et je finirais ma vie à tourner des vidéos de mariage…  Ou pire, encore…  Des promo-web-documentaires-instituto-corporatifs pour le site d’un truc gouvernemental!  L’horreur.

Si je voulais faire fonctionner mon projet au-delà de l’interview banal et des petites images du lieu pour mettre par-dessus la tête qui parle, je devais trouver une raison pour justifier ma présence dans les résidences.  À un certain moment, je crois que mon état personnel aurait probablement été la meilleure justification.  Mais, non…  Si je voulais qu’on participe à mon projet, je devais trouver une vraie façon d’amener quelque chose de positif aux gens qui vivent et travaillent dans les résidences.

Je me suis souvenu que dans une des résidences que j’avais visitées, un gars venait une fois par semaine pour donner des cours de guitare électrique…  Je sais faire 2 choses dans la vie : patiner et faire des vidéos.  Puisqu’on était alors en juillet, j’ai proposé aux éducateurs gérant les maisons de donner des cours de cinéma aux résidents.  Et ça a marché!  Ils ont accepté et j’avais ma nouvelle « clé » pour entrer dans cet univers.

J’étais loin de me douter que ce prétexte pour lancer mon projet allait devenir l’essence même du projet.

Dès les premiers cours, les participants arrivaient avec des idées plus qu’intéressantes.  Géniales, parfois!  Certains avaient des scénarios en tête.  D’autres se sont mis à écrire des poèmes, à planifier des mouvements de caméra ou à repérer des lieux de tournage.  Plusieurs planifiaient utiliser leurs futures créations pour parler de leurs maladies et de leurs troubles.  Ils étaient en train de réaliser le projet à ma place!

Bande-anonce de Foliewood

Pendant ce temps, au fil des cours, je commençais à m’intégrer à la vie des résidences.  Premièrement, j’ai commencé à manger avec mes « élèves ».  La bouffe est bonne dans les résidences…  Et je vous déconseille amèrement les restes méconnaissables qui pourrissent dans les frigidaires des documentaristes actifs…

Ensuite, une chambre s’est libérée à la résidence Petite Patrie.   La responsable de la maison me permettait de m’y installer si j’acceptais de vivre comme les autres résidents.  C’est là que j’ai complètement basculé dans le monde des résidences externes de Louis-H.Lafontaine.

J’étais toujours là!  Ma blonde a faillit me laisser.  J’étais témoin des vrais grands événements des petites vies des résidents.  Ils ont été extrêmement généreux avec moi.  Ils m’ont inclus à leur monde et j’ai eu la chance de découvrir des gens extraordinaires, intelligents et souvent tellement plus originaux et intéressant que la normale majorité.  Pas parce qu’ils ont des maladies.  Parce qu’ils ont eu une vie remplie d’expériences difficiles dont ils se sont tirés en se forgeant des personnalités très fortes.  Je me suis particulièrement lié d’amitié avec quelques uns d’entre eux.  Pendant ce temps, les projets de films des gens participant à mes cours de vidéo avançaient super bien.

Au moment où Foliewood commençait à prendre son envol et que mes cauchemars de flop et de carrière ratée se dissipaient, un poste de télévision a décidé d’acheter mon futur documentaire.  Je pense être alors devenu le premier « YouTube kid » québécois à infiltrer le monde de la télé.  TV5 voulait diffuser 8 épisodes de 26 minutes à propos des résidences externes.  Le format plus long me libérait artistiquement et narrativement.  Le salaire qu’on m’offrait me permettait de me mobiliser à fond pendant toute l’année.  Foliewood s’est donc enrichi d’un pendant télé : Maisons de fous.

Dans l’enthousiasme, j’ai fait pleins de promesses à plein de gens : j’allais aider un tel à filmer telle chose.  J’allais donner des cours privés de montage digital à un autre.  J’allais assister à l’enregistrement d’un rap sur la maladie mentale.  Le tout, en continuant de filmer presque tous les jours la vie de mes sujets.  Pendant ce temps, le control-freak-qui-veut-tout-faire-seul que je suis travaillait environ 8 heures par jour au montage d’une série télé de plus de 3 heures.  La fatigue et le manque de sommeil sont devenus des ennemis constant du projet.

Ce n’était pas la seule difficulté.  Plusieurs membres du personnel des résidences refusaient d’être filmés malgré le rôle central qu’ils jouent dans la vie de mes sujets.  Je devais couper toutes les images où ils apparaissaient.  Sans l’aide de gestionnaires de l’hôpital qui ont fini par les convaincre, de grands morceaux de l’histoire des résidents n’auraient jamais pu être racontés au public.  Grâce à leur aide et à quelques compromis sur ce qui est montré et ce qui ne l’est pas, j’ai fini par obtenir les autorisations nécessaires et un récit relativement complet de la vie des gens que je suivais.

Finalement, tout s’est donc placé.  Foliewood est maintenant sur YouTube et attend un seul clic pour être rendue publique et accessible à tous.  Maisons de fous sera à la télé dans quelques jours.

Mais… tout d’un coup que les gens trouvent la série trop dure à comprendre?  Vont-ils zapper pendant les scènes plus longues et contemplatives?  Vont-ils aimer ce style complètement différent des documentaires traditionnels?  Et sur le web, est-ce que les gens vont autant embarquer que lorsque j’ai sorti ma première série?  Vont-ils comprendre la valeur des réalisations des résidents?  Peut-être que non!!!  Et je vais passer ma vie à filmer des mariages et des chefs d’entreprises qui veulent se faire interviewer!!!  NON!!!!  Trop de stress.  Trop de risques.  La prochaine fois que je vais aller à Louis-H., ce ne sera pas pour filmer…